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Cellulaire

Après les très décevants Dreamcatcher et Roadmaster, Stephen King revient à sa veine classique explorée notamment dans le Fléau, celle du monde en ruine après la catastrophe. Cette fois, le détonateur est un petit objet que chacun (ou presque) garde près de lui : un téléphone portable.

LE DERNIER CRI DE LA TECHNOLOGIE

Ainsi, on savait que le téléphone portable était nuisible à la santé (de même qu’au portefeuille, à la sociabilité et à la nécessité de garder un minimum d’autonomie). Avec Cellulaire, Stephen King, qui affirme après la fin du roman ne pas posséder de portable (on se sent moins seul, tout à coup), fait de l’engin une véritable arme de destruction massive. On se doute bien qu’il en faudrait beaucoup plus pour faire chuter le cours de l’action d’Alcatel ou de Nokia, mais l’intention est là. Et le résultat, plutôt convaincant.

Depuis son accident de l’été 1999 qui a failli lui coûter la vie, Stephen King avait bien du mal à retrouver l’inspiration des années précédentes, celles de Jessie, Rose Madder, Dolores Claiborne, La ligne verte ou l’exceptionnel Sac d’os, son roman le plus abouti. Il avait enchaîné un recueil de nouvelles (Tout est fatal), un intéressant essai sur le travail de romancier (Ecriture) et la fin de la saga de la Tour sombre (que je n’ai pas lue). Et au milieu, deux histoires très décevantes, des mauvaises parodies de films de monstres des années cinquante : Dreamcatcher et Roadmaster.

Cellulaire est en fait une remise à jour d’un genre qu’il a déjà exploré avec Le Fléau (écrit en deux temps, en 1978 et en 1990 dans une version intégrale et modifiée). Il s’agit tout simplement d’imaginer, à la manière d’un exercice de style, à quoi ressemblerait notre monde soit-disant civilisé au lendemain d’une catastrophe. Pas une catastrophe naturelle, bien sûr : dans le Fléau, il était question d’une super-grippe sortie accidentellement des laboratoires d’Atlanta. Dans Cellulaire, le vecteur du chaos est un signal reçu par les téléphones portables et qui poussent leur utilisateur à la folie destructrice.

L’idée est séduisante, car elle tisse sa toile sur un fantasme inavoué qui a sûrement dû vous traverser l’esprit au moins une fois : si seulement cette saloperie pouvait lui exploser à la figure... Et contrairement au Fléau, gâché en partie par un prêchi-prêcha ésotérique (le Bien contre le Mal), Cellulaire reste fidèle jusqu’au bout à sa ligne de conduite : comment survivre dans un monde en cours d’effondrement ? Quand le mince vernis de civilisation vient à sauter, qu’y a-t-il dessous ?

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