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Duma Key

Sous le soleil d’une île au large des côtes de Floride, l’horreur est toujours là. Dans son dernier roman, Stephen King revient sur la création artistique (ici, la peinture) et les gouffres sans fin qui la nourrissent. On a déjà lu ça chez lui, en mieux, dans Rose Madder et dans Sac d’os.

LE CRÉPUSCULE DES VIEUX

L’Atlantique et ses couchers de soleil flamboyants, une île quasi déserte, une maison rose qui a servi de refuge à de grands artistes : le cadre du dernier roman de Stephen King (dernier au sens de plus récent, bien que depuis son accident en 1999, l’auteur de Carrie annonce régulièrement sa retraite) a des allures de carte postale pour touriste septuagénaire. Mais, avec ce gaillard, mieux vaut faire attention aux apparences.

Son personnage principal, Edgar Freemantle, est dans un sale état quand commence l’histoire. Dépressif, à deux doigts du suicide après le départ de sa femme, il n’arrive pas à refaire surface. Il faut dire que, six mois plus tôt, il était laissé quasiment pour mort après un horrible accident, qui nous sera décrit dans les moindres détails : son 4x4 de chantier a été broyé par une grue dont le signal sonore de recul était défectueux.

Un bras en moins, une jambe folle, une hanche reconstituée et un avenir en miettes, Edgar Freemantle décide de partir un an au soleil, sur la petite île de Duma Key, à quelques encâblures des côtes de la Floride. Il y loue une bâtisse étrange, Big Pink, qui donne directement sur l’océan au point que, la nuit, les coquillages entassés sous les pilotis laissent entendre comme un bruit de crânes qui s’entrechoquent.

Elle est d’ailleurs bien étrange, cette île à demi dévorée par une végétation malsaine et luxuriante, et épargnée par la gloutonnerie immobilière de ses voisines. La maison aussi, est étrange : à l’intérieur, Edgar se met à créer, à toute vitesse, des œuvres surréalistes inspirées de couchers de soleil. Des tableaux si troublants qu’ils lui vaudront une gloire aussi fulgurante qu’éphémère.

Car, bien sûr, il y a sur l’île des forces surnaturelles qui se servent d’Edgar comme d’un médium. Des forces issues d’une tragédie ancienne, qu’il aurait mieux vallu ne jamais réveiller.

A la lecture de Duma Key, on pense bien sûr à Rose Madder (1995), où un tableau représentant une scène mythologique servait littéralement d’échappatoire à une femme poursuivie par un mari psychopathe. On pense aussi, mais pas jusqu’au bout, au magnifique Sac d’os (1998), sommet dans l’œuvre de King, écrit quelques mois avant son accident.

Car si Duma Key, pendant les deux-tiers de ses 640 pages, tient toutes ses promesses, on ne peut pas en dire autant d’un dénouement confus et maladroit, une sorte de « tout ça pour ça » au bout du compte décevant. Là où Sac d’os parvenait à entremêler inextricablement présent et passé, Duma Key patine, s’enlise et finalement cale, englouti dans la végétation dévorante générée par l’imagination de l’auteur.

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