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Foxfire, confessions d’un gang de filles

Après Entre les murs, Laurent Cantet a choisi d’adapter un roman de Joyce Carol Oates, Foxfire. Une épopée féministe et contestataire dans l’Amérique des années cinquante primée à Gardanne en novembre.

« Elles ne connaissent pas le mot féminisme, elles l’inventent »

Loin des lycéens d’Entre les murs, Foxfire ? Dans le temps et dans l’espace, certes, puisque l’action du dernier film de Laurent Cantet se situe au milieu des années cinquante aux Etats-Unis. Dans le propos, c’est moins évident.

Prix du public au dernier festival d’automne de Gardanne, Foxfire avait été projeté en avant-première en présence de Laurent Cantet. « C’est une amie qui m’a offert le roman de Joyce Carol Oates, avec une arrière pensée. Au bout de trois pages, je voyais le film derrière. Au début, je pensais l’adapter en France, mais le film me renvoyait à ma mythologie américaine. Du coup, le film a été tourné en anglais, au Canada. C’est une chance que j’ai eue de pouvoir faire un film pas calibré avec des acteurs inconnus. »

En effet, ces acteurs ou plutôt la dizaine d’actrices sont toutes des débutantes, sauf une, qui joue le rôle d’une jeune fille de famille riche. Il faut d’ailleurs saluer la qualité de l’interprétation, notamment de Raven Adamson (Legs), la meneuse et l’inspiratrice du groupe, formidable de charisme et de détermination. « Une fois le montage fini, j’ai été surpris de voir que Legs était le personnage le plus en avant. Ce n’était pas voulu. »

Foxfire, c’est donc le nom que se donnent une demi-douzaine de lycéennes en rupture avec l’ordre établi, et notamment celui des garçons et des profs. Plutôt que de subir les humiliations quotidiennes et se préparer à un avenir corseté, elles décident de prendre leur vie en mains, et pas avec délicatesse : désormais, elles rendront coup pour coup, quitte à entrer dans une forme d’escalade de plus en plus périlleuse.

« On peut faire des ponts entre les années 50 et aujourd’hui, les violences faites au femmes et aux pauvres, ça existe toujours. Les graffitis des filles de Foxfire (dollar=merde=mort) des gamins d’aujourd’hui pourraient les écrire » précise Laurent Cantet. « La flamme ne s’éteint pas. Les luttes d’aujourd’hui se nourrissent des limites des luttes précédentes. On peut s’en réjouir, être désespéré aussi. Mais aujourd’hui, le contrôle social sur les adolescents est bien plus grand que dans les années cinquante, où il n’était pas rare de croiser des bandes de jeunes autonomes vis-à-vis des adultes, comme le montre le film. »

D’une certaine manière, Foxfire est un film sur une histoire préféministe. « Elles ne connaissent pas le mot féminisme, mais elles l’inventent. Quant on n’a pas les outils, on se les fabrique. On fonce parce que c’est le seul moyen qu’on a d’exister. » Ne vous attendez toutefois pas à un happy end, même si la fin pourrait vous surprendre. « A un moment, l’idéal de cette liberté se confronte à la survie et touche à ses limites. Le terrorisme est l’échec de l’utopie, pas son aboutissement. »

Sur la distribution du film, Laurent Cantet précise : « le film sortira en France [le 2 janvier] en VO, mais une VF sera faite pour la télévision, je l’ai faite la mort dans l’âme. Ne croyez pas que tourner un film en anglais soit un avantage pour sa diffusion en Amérique du Nord. Il sera perçu comme un film américain sans les attributs d’un film américain, ça ne va pas l’aider. Quant à mes films précédents, ils n’ont connu là-bas qu’un succès d’estime. »

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