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La Planète des singes : l’affrontement

Trois ans après Les origines, nous voici donc de retour sur la Planète des singes avec cette fois Matt Reeves aux manettes et des acteurs enfin à la hauteur pour les personnages humains. Andy Serkis reste quant à lui exceptionnel.

Primates sup

Après la grosse déception de la version Tim Burton de 2001, complètement désincarnée et manquant cruellement de poésie, le reboot de 2011 intitulé Les origines avait été une bonne surprise. Même si, pour faire la fine bouche, la performance des acteurs principaux côté humains n’était absolument pas à la hauteur. Côté scénario en revanche, il y avait de l’idée, et les effets spéciaux étaient irréprochables.

Trois ans après (dix ans dans l’histoire), César et sa troupe de primates (chimpanzés, gorilles, orang-outans) sont toujours là et chassent le cerf dans la forêt qui a désormais tout l’air d’une jungle. Côté humains, en revanche, ça ne va pas fort. Suite à la grippe simienne répandue accidentellement à la fin du film précédent, l’espèce dominante ne domine plus rien du tout et se retranche misérablement dans ce qui reste de ses villes, à moitié en ruines et gagnées par la végétation.

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Comme le titre l’indique, il va donc être question d’un affrontement. Mais, bien plus finement que le scénario d’Avatar, pour ne citer que celui-là, ce n’est pas d’un côté les affreux humains civilisés contre de l’autre les bons sauvages proches de la nature. Dans la vraie vie, les choses sont un peu plus compliquées que ça, n’en déplaise aux scénaristes qui pondent du blockbuster apocalyptique au kilomètre. Et dans L’affrontement, nous avons donc dans chaque communauté des faucons et des colombes, des partisans de la conquêtes et ceux qui privilégient la coopération. Toute ressemblance avec une situation internationale méditerranéenne actuelle n’est pas fortuite.

Mais la richesse de cette suite, c’est avant tout dans une mise en scène inventive (celle de Matt Reeves) et dans des décors splendides qu’on la découvre. La forêt, dégoulinante de pluie, sombre et hostile avec ses troncs coupés nets et ses pentes boueuses, est particulièrement angoissante, alors que les habitations des singes, toutes en courbes et en volutes, donnent une impression de légèreté et de robustesse. Comme le dit l’un des humains survivants, « ils n’ont besoin ni de courant, ni de chaleur, ni de lumière. Rien. C’est ça leur avantage. C’est ce qui les rend plus forts. »

Les hommes, eux, se terrent et s’arment. Ils ont peur, et cette peur les rend agressifs et dangereux. Avec certains d’entre eux, c’est on tire d’abord et on discute ensuite (comme au bon vieux temps de la conquête de l’ouest). Autant dire que la coexistence ne sera pas pacifique. Et que ce qui reste du centre-ville de San Francisco — superbement reconstitué, même si on ne peut s’empêcher, encore une fois, de repenser à l’Armée des douze singes de Terry Gilliam — va très vite se transformer en Fort Alamo.

Le film d’origine de Franklin J Schaffner, qui date, on le rappelle, de 1968, ne perd rien de sa force poétique et du choc que représenta la vision de chimpanzés chevauchant des pur-sang et regroupant au fouet des esclaves humains. Mais l’utilisation intelligente et raisonnée des effets numériques et de la performance capture apporte de toute évidence une avancée considérable dans les techniques de mise en scène. Le tout est que ce soit au service d’une histoire, pas que cette dernière ne soit que le prétexte. Il est rare d’attendre une suite avec impatience. Ici, c’est pourtant le cas.

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