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La dernière piste

Un western féminin à des kilomètres des archétypes du genre, voilà qui était prometteur. Mais sa lenteur éprouvante et un scénario bien mince pèsent sur la Dernière piste de Kelly Reichardt.

Là où s’étirent l’espace et le temps

Traverser les hauts plateaux de l’Oregon en chariots bâchés en 1845, c’est une épreuve à peu près aussi plaisante que faire du trekking sur la Lune. Dans cette région du nord-ouest des Etats-Unis, à part les Indiens Cayuse, il n’y a personne. Et pour cause : le sol caillouteux est balayé par le vent, la végétation se limite à quelques maigres broussailles, et les rares points d’eau sont des lacs dont l’eau salée est imbuvable.

Autant dire que lorsqu’ils s’engagent dans cette galère, les sept pionniers (trois couples et un enfant) guidés par le trappeur Stephen Meek ne se doutent pas de ce qui les attend. Mais ils s’en rendent compte bien vite : le soit-disant raccourci à travers les montagnes Cascade vers la vallée fertile de la Willamette n’en est pas un. Le convoi est perdu, à tous les sens du terme : non seulement il ne trouve aucune piste, mais les hommes commencent à regarder de travers le trappeur, le soupçonnant d’essayer de les égarer volontairement.

Il y a là tous les ingrédients pour une histoire forte, d’autant que l’eau vient à manquer et qu’une bouche supplémentaire à nourrir arrive sous la forme d’un Indien capturé. Et pourtant, le rythme manque. Les plans s’étirent à l’excès, le format d’image (du 1.33 presque carré) ne favorisant pas la mise en valeur des grands espaces.

Ce que montre bien le film de Kelly Reichardt, c’est à quel point cette conquête de l’ouest fut un véritable chemin de croix pour des pionniers attirés par des terres vierges et un avenir meilleur. Les chariots bâchés avancent lentement, toujours à la merci d’un essieu cassé. Pour économiser les bêtes, les femmes suivent le convoi à pied, dans un environnement qui évoque plus l’enfer que le paradis.

On est bien loin des archétypes du western, généralement localisé en Arizona ou au Nouveau-Mexique, et dont les femmes ne sont qu’un élément du décor, au même titre que les Indiens, les mules et les cactus. Kelly Reichardt en donne une toute autre vision, avec un personnage de femme, Emily Thetherow (jouée par Michelle Williams), bien plus lucide et plus courageuse que les hommes qu’elle n’hésite pas à braquer au fusil le cas échéant.

Dommage que la réalisatrice n’ait pas montré un peu plus d’ambition dans le scénario et dans le montage, qui aurait gagné à être un peu moins contemplatif.

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