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Les Misérables

En mille cent cinquante pages, étalées sur dix-sept ans d’écriture, Victor Hugo construit un monument de la littérature française. Gavroche, Valjean, Cosette ou Fantine sont désormais bien plus que des personnages : des mythes. Et Les Misérables sont bien plus qu’un roman : un livre total.

La légende du siècle

On ne sort pas intact d’une telle traversée. Lire les Misérables cent cinquante ans après sa publication est une vertigineuse plongée dans cette moitié dix-neuvième siècle qui va de la prise de pouvoir par Napoléon à la révolution de 1848.

Bien entendu, dans les Misérables il y a un roman, qui raconte en gros la trajectoire de Jean Valjean, ancien forçat tentant de faire le bien et de racheter sa vie, en croisant Fantine, puis Cosette, ainsi que Thénardier, Javert ou Marius. Mais le chef-d’œuvre de Victor Hugo, devenu le texte le plus connu de la littérature française, déborde de toutes parts les cadres étroits de l’intrigue romanesque. On y revit la bataille de Waterloo et le quotidien du couvent du Petit-Picpus, on visite les égoûts de Paris, on découvre les subtilités de l’argot, les digressions sont presque aussi longues que l’histoire proprement dite.

Comme tous les textes fondateurs, on mesure l’influence des Misérables dans la littérature du vingtième siècle (on citera entre autres Jean de Florette de Marcel Pagnol ou l’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono) et du vingt-et-unième (comme par exemple Harry Potter de JK Rowling avec son Harry/Cosette, son Dursley/Thénardier et son Hagrid/Valjean).

La dimension autobiographique des Misérables, comme l’explique Annette Rosa dans une remarquable préface, est d’autant plus évidente qu’on a lu avant la biographie de Jean-Marc Hovasse, qui raconte en détail les étapes de la rédaction du livre. Dans les Misérables, Hugo parle de son père pendant Waterloo, de sa liaison avec Juliette Drouet à travers celle de Marius et Cosette, d’une intervention en faveur d’une prostituée dans le récit de l’arrestation de Fantine, de ses propres souvenirs dans l’évocation des barricades de juin 1832, et du fantôme de sa fille Léopoldine dans la relation complexe entre Valjean et Cosette.

L’exergue d’Hugo en ouverture des Misérables donne le ton :

Tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.

Ces propos, écrits en 1862 à Guernesey, ont un siècle et demi. Depuis, des progrès immenses ont été accomplis, mais la misère est toujours là, fruit d’un système qui la perpétue et l’entretien. C’est pourquoi, outre ses qualités littéraires évidentes, le livre-monument de Hugo est toujours d’actualité.

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