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Les biocarburants colonisent le monde

C’est la version développement durable appliquée à la civilisation de la bagnole. Le prix du pétrole flambe, les réserves s’épuisent ? Qu’à cela ne tienne, la commission européenne a une idée. Ça vous fait peur ? Il y a de quoi. Il s’agit en effet d’adopter une stratégie en faveur des biocarburants.

Dans un article très documenté du dernier numéro de La décroissance, Sophie Divry raconte comment, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, les biocarburants peinent à trouver des débouchés. Et pour cause : pour les produire, il faut utiliser presque autant d’énergie qu’ils n’en restituent. Surtout, si la part des biocarburants augmente dans la consommation des voitures, ce sont des millions d’hectares de terre agricole qu’il faudra consacrer à la canne à sucre ou à l’huile de palme. Pas chez nous, bien entendu : dans les pays du Sud, comme le Brésil ou l’Indonésie. Là-bas, c’est un cauchemar sans nom qui se prépare. 6 millions d’hectares de forêt primaire vont être sacrifiés à Sumatra et à Bornéo pour y planter des palmiers à huile, à grands renforts d’OGM et de pesticides. L’’Etat de Sao Paulo, au Brésil, a construit en 2004 pas moins de 14 usines d’éthanol, et le président Lula est prêt à investir 10 milliards de dollars dans ce secteur.

La perspective qui se dessine pour l’après-pétrole, c’est-à-dire à très court terme, c’est des pays riches qui consommeront toujours autant de carburant produit sur les terres arables des pays pauvres, aggravant leur dépendance alimentaire et détruisant leur écosystème à grande échelle. Les biocarburants sont au pétrole ce que le développement durable est au libéralisme : un emplâtre sur une jambe de bois.

Dernier livre paru

A paraître le 25 octobre