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Les mains en l’air

Dans une France sarkozyste qui n’a rien de plus urgent à faire que d’arrêter des enfants sans papiers, la fraternité et la débrouillardise se vivent dès l’école primaire. Un film frais et juste, à hauteur d’enfance.

VALERIA 1, CARLA 0

En 2067, aura-t-on oublié qui était président de la République en 2009 ? A la limite, on aimerait bien, ça voudrait dire que cette hideuse période sarkozyste ne durera pas plus d’années que les doigts d’une main. C’est en tout cas l’ouverture du dernier film de Romain Goupil, filmée façon documentaire. Une femme septuagénaire, Milana, se souvient un épisode de sa vie, quand elle avait onze ans et qu’elle vivait à Paris avec ses parents, réfugiés tchétchènes sans papiers.

Les mains en l’air raconte donc ces quelques semaines arrachées au quotidien par Milana, hébergée par la mère et le beau-père de Blaise et de la petite Alice. Menacée d’arrestation par la police qui cherche à faire du chiffre, Milana va trouver dans cette famille adoptive une joie de vivre et une spontanéité qu’elle n’a sans doute jamais connues. D’une escapade en Bretagne à une planque dans une cave parisienne, Romain Goupil explore avec finesse ce temps de l’enfance à l’époque des rafles.

Sa mise en scène, toujours cadrée au plus près, joue avec bonheur sur les clairs-obscurs (des lampes sourdes qui éclairent les visages par en dessous, la lumière tremblotante des bougies ou celle, chaleureuse, d’une lampe à pétrole belle comme un souvenir d’enfance. La scène derrière une fenêtre baignée de pluie qui tombe comme des larmes, avec les doigts de Milana et de Blaise qui suivent la trace des gouttes, est une petite merveille.

Tout le film est traversé par le sentiment de fraternité. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que Blaise dit à Milana, au début du film, « maintenant tu es ma sœur ». Accepter celui qui est traqué comme un frère, comme un autre soi-même, c’est parfois tout ce qui reste quand l’indignité triomphe. C’est à la fois bien peu et tellement important !

Les enfants, qu’on pourrait croire sortis d’un Truffaut, sont réjouissants de naturel, et pour cause : Romain Goupil raconte avoir laissé tourner la caméra à la fin de chaque scène pour capter des petits moments de spontanéité. Linda Doudaeva est sobre dans le rôle de Milana, mais Jules Ritmanic et Louna Klanit sont de belles révélations.

Une très bonne idée est d’avoir joué avec le principe d’une sonnerie de téléphone portable émettant des ultrasons, inaudibles pour des adultes (ayant vu le film avec mes enfants, ceux-ci m’ont affirmé avoir entendu les sonneries qui m’ont complètement échappées). Au-delà de l’aspect pratique de la chose, c’est aussi la métaphore de toutes ces petites choses que les adultes ne perçoivent plus, qu’ils ont oubliées et qui pourraient rendre leur vie plus belle.

Ce qui donne une dimension supplémentaire au film, c’est évidemment la présence de Valeria Bruni-Tedeschi. Belle-sœur du président de la République, responsable principal de la politique ultrasécuritaire actuelle, elle tient là une forme de revanche, un pied-de-nez à cette famille fortunée installée au Cap Nègre. Et bien le bonjour à Carla...

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