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Louis et Marie-Thérèse Rachet, 66 ans de Pechiney à eux deux

extrait du dossier Pechiney, cent ans après

L’usine, ils l’ont vécue de l’intérieur, de la Libération au milieu des années 80. Ils ont partagé les difficultés, les luttes, les jours heureux, les bonnes et les mauvaises surprises. Ils n’ont rien oublié de ce qui fut leur vie pendant quarante années.

"Pour pouvoir faire construire, il fallait que l’homme y entre”. Alors, l’homme, c’est à dire Louis, est entré à l’usine d’alumine où sa femme, Marie-Thérèse, travaillait depuis dix ans. Ainsi, ils ont pu acquérir un pavillon dans le tout nouveau lotissement La Crau, rue Paul Héroult, à Gardanne. Après une carrière cahotique, Louis finit par s’installer à Gardanne et intégrer Pechiney, en 1958. “J’ai commencé par faire les trois huit, mais dès que j’ai pu quitter les postes, j’ai fait l’entretien, après trois ans de formation aux Arts et Métiers à Aix. Je suis donc passé agent de jour à l’entretien mécanique.”
C’est l’époque où l’usine passe de l’attaque discontinue à l’attaque continue et où le matériel vétuste est rénové ou remplacé. La production augmente, la qualité de l’alumine produite aussi, mais il reste des tâches ingrates et dangereuses à faire, comme de nettoyer les autoclaves à l’intérieur desquels une croûte épaisse de mélange d’alumine et de soude se forme.
La soude, c’était l’ennemi, l’origine des accidents les plus graves, peu nombreux mais toujours effrayants. “Certains ont perdu un oeil, d’autres sont devenus aveugles, se souvient Louis. Il y a même eu des chutes dans des cuves remplies de soude caustique. J’en connais qui en ont réchappé, mais ce n’était pas beau à voir.” Au fil des années, les manipulations directes de soude se sont réduites, et le nettoyage des tuyauteries se faisait de l’extérieur. “On tapait sur les tuyaux à la masse pour décrocher les croûtes intérieures. On appelait ça l’orchestre.”
Sa femme, elle, a été embauchée en 1946, en pleine période de réduction d’effectifs. “Il faut dire que pendant la guerre, l’usine a abrité beaucoup de monde. Les Allemands avaient imposé les 48 heures hebdomadaires, mais le personnel était en surnombre. C’est grâce au chef du personnel de l’époque que de nombreux jeunes ne sont pas partis travailler en Allemagne.”
Elle se souvient aussi de l’époque où des manutentionnaires chargeaient des sacs d’alumine sur le dos. “Ils n’avaient pas de qualification, des petits salaires et des grosses primes. A la retraite, ils n’avaient presque rien.”
Et puis arrive 1968. “Il n’y avait plus eu de grève depuis 1936 et le Front Populaire. A l’époque, la production s’était arrêtée et les machines en avaient pris un coup. Depuis, c’était l’argument-type pour éviter les grèves.” Première alerte en 1965, avec un arrêt de travail de 24 heures. Le tabou est brisé. Quelques temps plus tard, une panne électrique bloque l’usine pendant 48 heures, sans conséquence pour les machines. C’est la preuve qu’une grève longue est possible sans dommage pour l’usine.
Le 9 mai 1968, les locaux sont occupés, la production arrêtée. Le mouvement durera trois semaines. “Quand il y avait un problème, on était solidaire, se souvient Marie- Thérèse. Certains se sentaient pousser des ailes.”
En 1985, ils font partie de la troisième vague de départ en pré-retraite. Ils ont 55 ans chacun, et totalisent à eux deux 66 ans d’ancienneté chez Pechiney. Ils peuvent désormais se consacrer à leur pavillon, lotissement La Crau, rue Paul Héroult.

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Dernier livre paru

A paraître le 2 novembre