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My sweet pepper land

Un orage au-dessus des montagnes kurdes, des mains de femme qui caressent et frappent un instrument étrange, un vrai-faux western envoûtant : bienvenue au pays du poivre.

Le bon, la belle et les truands

JPEG - 23.9 koLe Kurdistan offre des paysages somptueux, Hiner Saleem est un grand réalisateur et Golshifteh Fahrani est une femme sublime. Voilà déjà trois arguments pour aller voir My sweet pepper land. Mais il y en a d’autres : un scénario riche, un hommage au western, une option féministe clairement revendiquée et un instrument étrange aux faux airs de soucoupe volante, le hang. Et, non, ce n’est pas un instrument traditionnel kurde, mais quelque chose de tout ce qu’il y a de plus moderne, inventé en 2000 par des musiciens suisses ! Sous les doigts de Golshifteh Fahrani, l’engin émet des sons subtils et envoûtants, à l’image du film de Saleem.

Soit donc un policier (Korkmaz Arslan), envoyé dans les confins du Kurdistan, près de la frontière turque. Un endroit tellement isolé qu’il faut y aller à cheval. On y fait de drôles de rencontres, comme ce chef de guerre qui fait la pluie (souvent) et le beau temps dans le secteur, grâce à de juteux trafics (le Kurdistan est au croisement de l’Irak, de l’Iran et de la Turquie) et des hommes de main particulièrement gratinés. Mais on y trouve, comme dans les westerns, une délicieuse institutrice qui ne s’en laisse pas compter par les brutes locales.

Sauf que My sweet pepper land ne rechigne pas non plus à lorgner du côté de la comédie. Le policier en question fuit surtout sa mère qui cherche à le marier de gré ou de force, tout comme l’institutrice qui a sur le dos toute une armada de frères soucieux de lui trouver un mari. Les deux vont bien entendu se rencontrer et se plaire, ça ne fait aucun doute. Mais avant ça, il faudra se débarrasser non seulement des affreux, mais aussi des préjugés, du code d’honneur et de tout ce qui s’ensuit. Golshifteh a d’ailleurs une réplique magnifique quand son frère aîné lui dit qu’elle est leur honneur : « occupe-toi de ton honneur et laisse-moi m’occuper du mien ». Prends-toi ça, collègue !

De même, quand on voit arriver une bande de maquisards à la recherche de médicaments pour soigner l’un des leurs, il s’agit d’un groupe de femmes. Pour elles, comme elles le disent à l’institutrice, la résistance est la meilleure solution. Car ce n’est pas seulement contre l’oppresseur turc qu’elles luttent, mais contre le patriarcat qui veut les confiner à un rôle de figurantes. Comme le dit l’institutrice à son frère inquisiteur : « tu es pire que les soldats de Saddam ! »

Allez, un petit bonus offert par Télérama : un entretien de treize minutes avec Golshifteh, absolument irrésistible !

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