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Perspectives politiques

A quatre-vingts ans, Noam Chomsky parle toujours haut et fort. Dans un recueil de textes un peu hétéroclites qui regroupe des articles de 1970 à 2006, c’est le socialiste libertaire qui s’exprime sur le Moyen-Orient, l’Amérique latine et l’anarchisme.

ÉLARGIR LA SURFACE DE LA CAGE

La phrase la plus glaçante de Pespectives politiques, c’est assurément celle-ci : « Nous savons que nous sommes dans une cage et que nous sommes piégés ». Cette cage, c’est celle forgée par la société, le pouvoir d’Etat, le salariat, et plus encore le libéralisme. Mais cette lucidité douloureuse n’empêche pas la combativité, c’est même un préliminaire à cette dernière : « il faut élargir la surface de cette cage. Et nous avons le projet de la détruire ». Sur ce qui se passerait ensuite, Chomsky ne s’attarde guère. « Les perspectives de liberté et de justice sont sans limites. Les étapes que nous suivrons dépendent de ce que nous voulons atteindre. Il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de réponse générale. »

Sur l’anarchisme, Chomsky tente de le définir ainsi : « c’est l’expression de l’idée que la responsabilité de prouver ce qu’on avance revient toujours à ceux qui affirment que l’autorité et la domination sont nécessaires. ». Selon lui, « l’anarchisme est basé sur l’espoir que les éléments essentiels de la nature humaine incluent des sentiments de solidarité, d’entraide, de sympathie et de souci pour les autres. »

Pour le reste, on retrouve les analyses percutantes sur la politique étrangère américaine, au Proche-Orient ou en Amérique latine. A propos de cette dernière, Chomsky cite l’exemple de l’opération miracle menée par Cuba et le Venezuela, où des citoyens jamaïcains ont été opérés des yeux par des médecins cubains. “Tout cela terrorise les Etats-Unis« . Il évoque également la situation de la Colombie, le seul pays Sud-américain encore inféodé à Washington, et la prétendue guerre à la drogue, qui a pour effet de  »chasser les propriétaires, détruire la biodiversité et laisser ces espaces ouverts pour l’exploitation par les multinationales". Et accessoirement de soutenir les paramilitaires en espérant qu’un conflit frontalier éclate avec le Venezuela voisin. Mais là aussi, tout n’est pas perdu : aux élections municipales, c’est un représentant de la gauche qui a remporté la mairie de Bogota. La cage est bien là, mais il reste des moyens d’en élargir la surface.

Daniel Mermet a consacré en juin 2007 sept émissions de Là-bas si j’y suis à Noam Chomsky. On y retrouve aussi Normand Baillargeon, Michael Albert ou Max Wallace.

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