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Sur la route Blanche, en direction de l’Étoile

Neuf ans après son installation dans l’ancienne clinique de l’avenue de Nice, La Maison vient de déménager au quartier du Pesquier dans un bâtiment construit sur mesure par la Logirem. Le centre de soins palliatifs double ainsi sa capacité d’accueil et élargit ses missions. Quatre jours avant son inauguration officielle par le Ministre de la Santé, nous avons rencontré l’équipe, l’architecte et une bénévole. Visite guidée.

Il y a des matins, comme ça, où rien ne va. Une résidente est décédée dans la nuit, la huitième en trois semaines, ce qui fait beaucoup, même pour La Maison. Les menuisiers travaillent dans le hall d’entrée pour les dernières finitions, dans un bruit de scie sauteuse. Les pluies diluviennes qui s’abattent depuis deux jours ont provoqué l’éboulement du talus et l’eau monte dans le vide sanitaire, menaçant de noyer la machinerie de l’ascenseur. Quand il arrive vers 10h, après s’être difficilement extrait des embouteillages, Jean-Marc La Piana accueille l’avalanche de mauvaises nouvelles avec un calme sidérant. « Bon ! » lâche-t-il, avant de se mettre au travail. C’est ça, La Maison : un mélange de sang-froid, d’hospitalité et de disponibilité. Hier comme aujourd’hui, voilà quelque chose qui n’a pas changé.

Pour le reste, c’est un peu l’ébullition. Fondée en 1994 par une petite équipe très soudée autour d’un projet innovant (un centre de soins palliatifs le plus éloigné possible d’une structure hospitalière classique), La Maison est née dans l’ancienne clinique de l’avenue de Nice, une ancienne maternité où des milliers de Gardannais ont vu le jour. Neuf ans après, le choix a été fait de grandir pour s’adapter à l’évolution des besoins, des soins et de la législation. Les douze lits du départ sont donc désormais vingt-quatre, la moitié étant réservée à l’accueil de long séjour. Et en février, une unité d’accueil de jour de quatre places ouvrira ses portes. Pour tout cela, il fallait pousser les murs. Ceux de l’avenue de Nice n’étant pas extensibles (le dernier étage resté inoccupé était peu accessible), le projet de déménager est donc né en 2001. Déménager où ? « Pour nous, c’était évident que ce serait à Gardanne, » affirme Chantal Bertheloot, coordinatrice. Certains affirment que de nombreuses villes auraient offert l’hospitalité à La Maison, dont personne ne voulait il y a dix ans. La rumeur est évacuée d’un haussement d’épaules. Parce qu’elle est fausse, ou parce que la démarche n’avait aucune chance d’aboutir ?

Un partenariat original avec la LOGIREM
Pour la petite histoire, c’est Jean-Marc La Piana qui avait lancé l’idée, au hasard d’une conversation avec l’architecte Henri Paret. Ce dernier connaît La Maison comme sa poche, et pour cause : il avait travaillé sur les projets avortés d’Aix-en-Provence et de Bouc Bel Air. C’est aussi lui qui avait repensé l’espace de l’ancienne clinique. De cette conversation naît l’idée de construire un bâtiment neuf. Mais avec qui ? La Maison, établissement privé contrôlé par une association, n’a pas vocation à gérer de l’immobilier. Il faut donc passer par un maître d’ouvrage qui bâtira et louera les murs à La Maison. Ce sera la LOGIREM. « Nous sommes une SA d’HLM dont la compétence est de construire de l’habitat locatif, mais aussi des maisons de retraite, des résidences étudiantes et parfois même des commerces, » explique Martine Molle, responsable des nouvelles implantations. Restait donc à trouver un terrain. Contacté, Roger Meï propose aux responsables de La Maison d’aller voir les services techniques et de faire leur choix parmi le foncier disponible. La Ville cède donc un demi-hectare en bordure de la route Blanche, au quartier du Pesquier, d’une valeur de 250 000 euros.

« A partir de là, reprend Martine Molle, nous avons étudié la faisabilité du projet et monté un plan de financement. Avec La Maison, ça a été un partenariat véritable. Chacun y a trouvé son compte. » Jean-Marc La Piana, lui aussi, met l’accent sur l’aspect humain : « avant de parler de cahier des charges, il y a eu surtout un coup de cœur. C’est la rencontre avec les gens qui est importante. » N’empêche : le projet n’est pas donné. La facture s’élèvera au final à 3,6 millions d’euros (dont 0,3 million pour l’aménagement). L’emprunt à la Caisse des dépôts, contracté par la LOGIREM, s’élève à 1,6 million, la Région et le Département amènent environ 380 000 euros chacun et La Maison participe à hauteur de 1,2 million grâce à des financements de l’Agence régionale de l’hospitalisation, d’Ensemble contre le sida, de diverses fondations et de la Mairie de Marseille. En échange, la LOGIREM encaisse de La Maison un loyer annuel de 144 000 euros. « Ça peut paraître énorme pour les gens, reconnaît Jean-Marc La Piana. Pourtant, c’est à peu près équivalent à ce qu’on payait avant, pour un bâtiment neuf qui fait le double de surface. »

Un contact permanent avec la lumière
Le financement bouclé, restait à dessiner les plans. « Notre objectif, c’était de doubler la capacité d’accueil et le nombre de résidents sans se retrouver dans une clinique. Il fallait que le bâtiment soit pratique tout en gardant l’intimité et le côté familial de la première Maison. » Vaste programme. Visiblement, Henri Paret a brillamment relevé le défi. « Il a fallu dimensionner les volumes correctement, précise l’architecte. Par exemple, le salon est resté petit, alors que le vestibule est agrandi : c’est le cœur de La Maison, là où tout le monde passe, où l’on se rencontre. Je voulais aussi un contact permanent avec la lumière extérieure, par le patio et les grandes baies vitrées. » Le choix des matériaux reflète aussi la volonté d’une structure à taille humaine : « Avec l’équipe de La Maison, on s’est demandé ce qu’on mettrait chez nous : de la terre cuite pour le carrelage, du bois pour habiller les murs. Les coffrets techniques, dans la mesure du possible, ne doivent pas être apparents. »

Le test, c’était le transfert des résidents, le jeudi 6 novembre. Emmenés par ambulance ou en voiture particulière, accompagnés par les soignants, ils se sont appropriés les lieux sans problème. « C’est l’usage qu’on fait d’un lieu qui démontre si ça marche ou pas, » conclut Chantal Bertheloot. Le bâtiment s’étale sur trois niveaux. Le premier, de plain-pied, s’articule autour du grand hall et abrite la salle à manger, la cuisine, le salon (avec cheminée et piano), et les bureaux. Deux demi-étages permettent d’accéder aux chambres et aux locaux techniques. Le couloir qui les dessert s’ouvre sur un superbe patio intérieur planté de bambous et dont le sol est en partie habillé de bois. Quatre vastes salles de bains sont équipées de matériel adapté, chaque chambre disposant par ailleurs d’une salle d’eau et d’un accès extérieur (terrasse ou balcon). A l’étage, une salle pour les familles, qui disposent aussi de quatre chambres. Et au rez-de-chaussée, deux salles de présentation permettent aux familles de se recueillir autour d’un défunt. Des vitraux jaunes adoucissent la lumière du jour.

Pour occuper tout cet espace et gérer l’accueil de deux fois plus de résidents, il a bien entendu fallu recruter. De 42 salariés, l’effectif est passé cette année à 72 (la plupart en temps partiel). « Les nouveaux sont arrivés en septembre, raconte Chantal Bertheloot. Nous avons consacré tout le mois en formation, pour tout le monde, anciens y compris. Claudine Bayle a assuré une formation en interne sur la séparation, qui a été complétée par deux autres, sur le massage et sur la gestion de la douleur. C’est dans l’esprit de La Maison : ici, on n’est pas dans l’évitement, mais dans le contact. » Cette arrivée massive de personnel a donné l’occasion à l’équipe de retravailler sur son projet, alors que l’extension de la structure avait causé quelques remous parmi les salariés les plus anciens. « C’est comme ça, La Maison fait son histoire au jour le jour avec ceux qui arrivent. » En gardant pour toujours en mémoire ceux qui y sont passés.

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